Je me souviens.
Je me souviens de ces jours passés.Des brides de souvenirs d'une fillette de 6 ans à ceux d'une lycéenne.
Mais je me souviens surtout de cette journée.Une de ces journées chaudes d'été ou la notion de temps s'échappe.Le soleil fond à l'horizon de ce paysage provencal, une lumière chaude filtrée par les grand arbres de ton jardin fusent de toute part sur tes carreaux en terres cuites. Ta maison est devenue si sombre. On voit juste ces prismes de lumières qui revelent ces milliards d'infimes poussières qui flottent.C'est une atmosphère tamisée.On se croise.Parfois j'apercois ton oeil, ton sourire, baignant dans cette lumière orangée.
Le plus souvent aveuglées et dans l'obscurité,ceux sont nos rires euphoriques qui permettent de nous suivre le long de ces couloirs.Et odeur si particulière d'humidité...elle me berce et m'endoloris.Je descend les marches.
Et la,tu t'es installée sur le pianno. Je suis debout,un rayon me frappant en plein dans le dos et te cachant de ce doux soleil. Ettonement, les cigales se sont tûes tot en cette fin d'aprés-midi.Un silence apaisant.
Et puis machinalement tu te met à jouer.
Les premières notes jaillissent de cette obscurité, elles resonnent dans toute la maison.
Et tu joue cette mélodie,celle que je connais si bien.On ne parle plus ,on ne se regarde plus, on est plus ici dans cette piece,j'ai 1 ans ,tu n'as que quelques mois et je te croise dans une maternité, j'ai 6 ans, tu en as 5 et je te cours aprés dans une cours de récréation, j'ai 10 ans, pour toi c'est 9 et je t'habille pour aller défiler en haute couture, j'ai 12 ans,tu en as bientot 11et je te donne ma lettre quotidienne en main propre attendant ta réponse le lendemain, j'ai 14 ans,et toi aussi,et je m'étouffe de rire et manque de me faire pipi dessus au fond d'une église par ta faute, j'ai 15 ans, toi toujours 14 et je t'apprend à fumer une cigarette sur mon balcon, j'ai 16 ans et toi 15, je dévale une colline allongé à tes cotés, j'ai toujours 16 ans,tu me suis de peu, et j'attend sur mon toit en des temps glacials ,une cigarette au gant, que tu décroches juste pour entendre ta voie, j'ai enfin 17 ans,toi pas encore,et je suis insconsciente dans tes bras, J'ai 17 ans et toi toujours 16 également,et je descend avec toi à tout vitesse des rues optues partageant une scelle de vélo,j'ai 17 ans et tu me rattrape aujourd'hui,et je me glisse dans le meme duvet que toi en tenue loufoque,j'ai 18 ans et toi tu es encore sur tes 17,
je monte ces foutus meubles ikéa dans cet appartement marseillais, j'ai toujours 18 ans, tu en as toujours 17,...et je monte cette echelle bancale en pleurs pour te retrouver et te dire que à quel point tu es tout pour moi...
Le morceau se finit.Le silence envahit de nouveau la piece.Mais ce n'est plus le meme silence,il est lourd, trés lourd.C'est fini,place bientot aux cartons,et à l'abandon de ce merveilleux jardin. Puis, tu te tourne vers moi,je ne vois pas trés bien ton visage et tu me dit:
Bah, pourquoi tu pleure?